Juillet 2021 – texte 3426700.a

Il est vrai que l’on ne sait jamais. Jamais autre chose que ce qui vient comme une terre brûlante ou comme ciel ouvert par l’illusion de l’oeil. Une mémoire géologique rangée par strates de couleurs diverses et cette obsession d’archéologue qui déterre des os en imaginant leur naissance et leur mort. Il est une pensée que je n’arrive à atteindre, quelque chose de très simple et qui, pourtant, s’éparpille en s’évanouissant dans le sentiment même qu’elle me procure. L’oeil se ferme et part à sa recherche entre les branches des arbres et les sillons des champs de blé, traverse le pont en marchant dans les flots remuants de l’imagination, puis remonte en un sursaut, imbibé de sa vie évanescente que j’essaye de retenir. Et alors, le sentiment que personne ne l’a pensée, me submerge comme dans un éveil illuminé où mon regard, en tombant dans le vide, perçoit sa sensation la plus pure. Je reste à genoux en la voyant filer et, dans ce soir d’été où j’aurais pu vivre des siècles faits de de la passion de mes sens, le coeur battant dans un de ces éveils en sueur où l’absence brûle en quelque lieu comme un incendie du ciel qui enflamme mes lèvres d’une soif nouvelle ; je retiens encore cette pensée sauvage qui remonte la terre, traverse les chairs souterraines comme si elle jaillissait d’une source de saphirs au centre de la roche dressée comme une fleur de plus de mil ans. Comme sculptée par l’aube et par le crépuscule, avec la couleur impossible pour couvrir sa nudité. Sans être roche ni fleur, elle est les deux.

Avec cette soif de la veille qu’aucune source n’étanche, dans un champ baigné d’azur où je suis seule à marcher, le sang illuminé d’une pensée phosphorescente qui a le poids de l’ombre et de l’air, de mil siècles d’attente qui dorment sous la roche dressée, avec la bise légèrement acide ou douçâtre, comme le jus de l’orange ou du citron, je ramasse une branche, un caillou ou une brandille asséchée et je sens au revers ta main et ta pensée. Je t’aurais cueilli du mimosa parfumé, mais il y en a pas dans ma colline pour que je le cueille. En ces promenades que je fais, je trouve parfois, au contact des choses et des particules, des pensées qui peuvent être rêve, souvenir, idée ou désir, et je me mets à former des histoires que je te raconte en tenant dans ma main le caillou, la brandille ou ma cigarette. C’est à chaque fois une histoire neuve, comme un nouveau rendez-vous dans un autre quai. Et, il m’a semblé parfois t’y avoir réellement croisé, avec ta pensée qui venait me rejoindre en redessinant, dans la mienne, la fleur et la roche.

Mais il me faut à présent lâcher les branches en remontant depuis les racines pour réinventer le crépuscule, l’aube, la fleur et la forêt. La roche dressée, comme un point de référence dans un amas confus d’émotions qui lui tournent autour en redessinant sa courbe indéfiniment. Ce n’est pas le passé qu’il me faut abandonner, ce sont ses eaux torrentielles qui emportent le futur au loin. En m’appuyant sur rien, pour donner forme au tout et dans le sens inversé. Et, une bonne fois pour toutes, laisser filer ce qui n’est pas venu pour redessiner à l’infini la fleur et la roche. Indéfiniment. Avec la perte qui se retrouve dans une réalité transfigurée et avec le frôlement des mains et des yeux qui se retrouvent dans la nudité, entre la vie et la mort. Sans pour cela me détacher de cet étrange rêve où nous nous sommes retrouvés au-delà de l’absence, mais en le gardant comme le point de référence à partir duquel, en abandonnant temporairement le rêve, je le retrouve au centre de la vie.

Puis renaître en m’effaçant,
comme d’une autre couche de moi-même
qui se libère de la fleur et de la roche
pour redessiner les deux.

pb