Le rêve (3ème et ultime scène)

Avec mes yeux qui ont survécu à toutes les noyades, je pars de chez moi et traverse la vieille rue à la recherche du rêve caché. Entre ciel et bitume, je cherche ce qui s’exprime en dehors et vers le dedans. Sans vraiment chercher, mes yeux dans ce je-ne-sais-où fait d’un tout qui se laisse deviner avec l’effondrement des hauteurs. Je ne regarde plus, la rose rouge sur la lente page du destin, le symbole du temps fait d’eau et de visage, celle qui me fixe du fond du miroir et son regard pris d’une stupeur lointaine. Soudain, quelque chose s’écartèle en moi et je me trouve à la fois en Irlande ou à Rome. Je ne sais bien, par-delà la parole, le rêve tremble à l’infini maintenant que sa poussière crée d’autres formes pour mes mains. À présent que quelqu’un sort du miroir avec ses yeux renversés. Comme la rose en exil qui cherche un point du regard où l’obscurité fait trêve. Un autre rouge prédestiné à l’impossible qui façonne peut-être la route qui va d’ici à la mort. Dans le bouillonnement et tel un objet de lumière qui traverse le fond de la nuit en deux lignes parallèles, deux fils dans la pensée qui se rejoignent dans un train qui transporte du vrai sang et des vraies larmes. Plein de paradoxes est mon cœur posé en l’air, mon sentiment le plus sûr au centre d’interrogations répétées, ma voix que j’entends dans la profondeur d’une autre voix, mon ciel et mon rêve sous la pierre posée au sommet du temps. La vieille rue qui se trouve à la fois dans le rêve et en dehors, dans cette région imprécise où le couchant déborde en larmes transparentes sur l’île du premier royaume. Entre le balancier et sous les frondaisons, la lave du volcan avec l’exubérance de la parole d’où surgit le rêve dans la roche tendre et la paix des cieux transcendés dans l’ombre et dans le sang. Et alors, cette transparence vive qui engendre ma parole pleine d’une ignorance éblouie d’âme et de mystère, coule de moi quand je dis : dans une nuit parmi toutes les nuits, j’ai le souvenir de tes rues où j’ai marché en longeant tes abîmes. Non ! Ce ne fut pas en rêve. Ce fut tout ce que j’ai vécu en mon absence et qui fut ma fièvre et mon rêve. Mes larmes emmêlées des tiennes, ténébreuses et profondes, comme au dernier jour du monde quand l’histoire est triste et belle.
Et comment pourrais-je savoir si j’ai rêvé ? Sur les étagères du passé, la fenêtre qui donne sur un amas irréel, dans le feuillage de l’arbre perché et dans un futur qui naît comme une fleur silencieuse aux parfums de toujours, comment pourrais-je savoir ce qui me rapproche de ce visage que je ne vois pas et qui, telle la rose la plus rouge au centre d’un jardin effacé, m’apprend mon destin en un sommeil plus vrai ; quand je dors et ne dors pas en déchiffrent peut-être l’univers dans les eaux dénouées d’un rêve qui nous rêve et ne le sait pas ?
pb